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2011-2012

La justice : analyse du thème

  • Auteur de l'analyse : Véronique Anglard
  • Nombre de pages : 52 p.

La justice : analyse du thème

Téléchargez une synthèse sur le thème de La justice autour des oeuvres Les Choéphores et Les Euménides de Eschyle, Les Pensées  de Pascal et Les Raisins de la colère de Steinbeck - rédigée par Véronique Anglard - agrégée de Lettres Modernes. 

1. Introduction.......................................................................... 267
2. Le serpent ............................................................................ 269
3. La conscience morale et le rapport à la loi ........................ 272
4. Être et paraître..................................................................... 278
5. L’épouvante devant le crime............................................... 282
6. Le mal ou l’ordre bafoué....................................................... 283
7. Le sens de la vie ................................................................... 285
8. L’âme et la volonté .............................................................. 289
Conclusion................................................................................. 290

L’idée de justice, une représentation sociopolitique

 

Discours juridico-sacré : fonder la justice sur une autorité supérieure

  • Eschyle et la cité grecque : une famille sous l’autorité des dieux
  • Pascal, la condition pécheresse de l’homme et la justice de Dieu
  • Le rêve révolutionnaire chez Steinbeck et la sacralisation de l’humain

 

Discours sociopolitique : défendre la cité mise en danger par les injustices

  • Eschyle et l’origine naturelle de la cité, ou la réparation de l’injure faite au père
  • Pascal entre l’humanisme renaissant et l’antihumanisme janséniste
  • Steinbeck et la déshumanisation de l’homme par l’homme

 

Discours pénal : évoluer de la vengeance à la justiceou la psychologie de la faute

  • Eschyle et les lois de la vengeance
  • Pascal : l’homme s’est condamné à vivre dans la prison de la condition humaine
  • Steinbeck et la disqualification de la justice institutionnelle

 

Discours judiciaire : la société doit réparationaux citoyens et aux victimes

  • Eschyle et la réparation ou comment compenser
  • la violence morale ?
  • Pascal et la grandeur de l’ordre mondain
  • comme figure de la cité céleste
  • Steinbeck : la colère contre le mépris,
  • la vendange de l’humanité à restaurer

 

Conclusion

1. Introduction

 Extrait de la synthèse sur le thème de la justice autour des oeuvres Les Choéphores et Les Euménides de Eschyle, Les Pensées  de Pascal et Les Raisins de la colère de Steinbeck - rédigée par Véronique Anglard - agrégée de Lettres Modernes. 

 

L’idée de justice suppose l’existence, sinon d’une collectivité, du moins

d’une pluralité d’individus débattant des conditions de son exercice.

Elle relève de la philosophie politique et soulève la question de son

existence ainsi que, plus fondamentalement, du principe même de

sa légitimité. Selon quels principes s’énonce la justice ? Qui peut la

dire, la rendre et la faire appliquer ? Sur qui s’exerce-t-elle ? Autant

de questions qu’il convient d’examiner dans leur rapport aux textes

du programme.

 

L’idée de justice, une représentation sociopolitique

 

Au fondement de l’idée que chacun de nous se fait de la justice se

trouve l’articulation de l’autorité morale et de la pratique politique.

Aristote, le premier (384-322 av. J.-C.), distingue la justice comme

vertu, comme qualité de l’homme juste, de la justice comme expression

du droit dans la cité. Dans La République, Platon (428/427-347/346

av. J.-C.), son « maître », la considère comme la « reine » de toutes les

vertus qui, dans la cité, dépendent toutes d’elle. Il en fait le but de

la philosophie et son oeuvre est fortement stimulée par le procès de

Socrate, injustement accusé d’avoir corrompu la jeunesse et de n’avoir

pas sacrifié aux dieux de la cité. Socrate reproche à ses concitoyens,

les Athéniens, d’avoir une conception utilitaire des dieux à qui ils assignent

des fonctions et dont ils attendent une récompense en échange

de leurs propres rétributions. Pour lui, l’homme juste est inspiré par

les dieux et il agit selon les lois intangibles de l’équilibre cosmique

pour être dans le ton, dans la juste mesure. Même s’il s’estime innocent,

Socrate n’en accepte pas moins le verdict de la cité et refuse la

solution de l’exil ou d’un quelconque évitement de la sentence – tout

à fait dans l’esprit du temps. En effet, pour lui, la loi athénienne se justifie

en tant que telle, comme expression de la collectivité — dont il a

pu, par ailleurs, dénoncer le conformisme mais où il n’a plus sa place.

 

Au coeur de la philosophie occidentale se trouve le scandale de

l’homme juste acceptant, voire provoquant le jugement inique de la

communauté : au cours de son procès, Socrate s’oppose à Athènes sur

la question de savoir qui est le plus juste. Lui, le philosophe, s’estime

reconnu par les dieux, l’oracle de Delphes, comme l’homme le plus

sage de son temps et il ne veut ménager rien ni personne. Il place la

justice au-dessus de tout et accepte le verdict. Les Athéniens reconnaîtront

leur erreur trop tard, tant il est vrai que le destin s’avère toujours

rétrospectif. Peu importe que Platon ait dramatisé son procès dans son

Apologie de Socrate (Socrate qui, lui, n’a jamais rien écrit) car le maître

incarne une vérité que la cité doit trouver par elle-même : il ouvre

la voie vers la réflexion critique sur la justice d’État. Le philosophe

accepte la punition infligée par le tribunal athénien pour ne pas désavouer

la justice de la cité : le sacrifice de Socrate rend éclatant l’écart

entre les discours mythifiant la justice athénienne et la réalité vécue

— il met en évidence le fait que les relations sociales relèvent de

la croyance, du lien fiduciaire.

 

Passons, à présent, à un autre domaine de légitimation du juste :

la religion. Le Christ incarne la vérité : il rend manifeste l’existence

d’une justice divine. Au principe du christianisme se trouve Jésus-

Christ, l’incarnation du logos, de la Parole ou du Verbe divin : refusant

de se présenter comme le roi des juifs, il est condamné, torturé et

supplicié ; il promet à ses disciples de les retrouver dans la « maison

du Père », Dieu l’Éternel qui juge les vivants et les morts. Ainsi, la

philosophie et le christianisme (dont nombre de commentateurs sont

platoniciens) inscrivent notre réflexion dans un cadre proprement tragique :

l’une et l’autre rendent compte à la fois de la nécessité de viser

la justice et de l’impossibilité de la trouver dans l’ordre de l’humain.

 

Cette contradiction inspire les deux tragédies par lesquelles

Eschyle (526 à 456 av. J.-C.) élabore un discours qui problématise puis

légitime la justice politique rendue à Athènes. Savant et philosophe

du xviie siècle, Pascal (1623-1662), lui, s’installe en quelque sorte dans

la dissociation tragique qui résulte de la conviction que tout ordre

mondain (humain) est frappé d’inanité (vide) : pour lui, la société

humaine relève de l’ordre de la figure ; elle est virtuelle et ne saurait

approcher de la justice que comme une ombre fugace projetée

sur un mur. Aussi Pascal remet-il en question le droit divin qui fonde

la monarchie française ; mais il préfère le statu quo à toute violence

révolutionnaire, fût-elle l’expression légitime du peuple car, pour lui,

comme pour saint Paul, toute autorité vient de Dieu.

 

De fait, chaque organisation sociale se donne une représentation

de la justice qui permet d’organiser les relations entre les individus et

dont les trois auteurs au programme contestent ou confirment la légitimité.

En effet, Eschyle et Steinbeck (1902-1968) écrivent en démocratie:

le premier pour identifier le peuple à une grande famille qui trouve

dans les dieux une autorité suprême et législative ; le deuxième pour

suivre une famille, les Joad, qui s’efforce de résister au système imposé

par la transformation d’une économie pastorale en exploitation capitaliste

de grandes propriétés.

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