- Auteur de l'analyse : Louis Picard
- Nombre de pages : 56 p.
- Sous catégorie : Résumé et analyse de l'œuvre
Les Pensées
Téléchargez au format PDF le chapitre de l'oeuvre - sous forme de lecture suivie - ainsi qu'une analyse synthétique de l’œuvre Les Pensées de Pascal, rédigés par Louis Picard, professeur en classe préparatoire aux grandes écoles.
Au programme de l'épreuve de français-philosophie prépas scientifiques 2011-2012.
Introduction
Blaise Pascal (1623-1662), l’homme universel
- Jeunesse : sciences, humanités, religion
- La vie mondaine et la "nuit de feu"
- L’augustinisme militant et la bataille des Provinciales
- Les dernières années, l’Apologie inachevée
- Bilan
Les Pensées sur la justice
- Une construction éditoriale
- Un problème de lecture
- Le projet apologétique
- Achèvement et inachèvement
Les Pensées sur la justice : lecture suivie
- Une illusion de justice (B294, L60, S94, LG56
- L’empire des signes (B82, L44, S78, SG41
- Les devoirs de justice (B332, L58, S91, LG54)
- La justice et la force (B299, L81, S116, LG76)
- La compréhension supérieure : « Raison des effets » (B337, LL90, S124, LG83)
- La justice entre ciel et terre
- Justice et anthropologie
- Justice et politique
- Le problème de la loi
Conclusion
Indications bibliographiques
Les Pensées sur la justice : lecture suivie
Une illusion de justice (B294, L60, S94, LG56)
Les fragments de la liasse « Misère », en écho avec ceux de la liasse
« Vanité », s’attachent à peindre la condition malheureuse et contradictoire
de l’homme après la Chute. Le péché originel a obscurci la
conscience de l’homme et dégradé ses facultés. Ce qui fait l’homme
misérable, c’est l’incapacité dans laquelle il se trouve d’accéder à la
vérité par ses seuls moyens et le désir pathétique qu’il a d’y parvenir.
La vérité existe, mais elle est hors d’atteinte de l’homme qui n’a accès
qu’à ses formes parodiques.
La justice n’est qu’une déclinaison de cette vérité hors d’atteinte.
La critique pascalienne des lois découle logiquement de la misère de
l’homme. L’homme n’a accès qu’à cette parodie de la justice qu’est
la coutume. Il s’agit donc d’un texte polémique qui démystifie les
simulacres de justice. Ses adversaires sont les tenants du droit naturel,
persuadés de l’existence de lois générales, invariables, constitutives
de l’humanité et à ce titre immédiatement connaissables et universellement
répandues. Pour Pascal, il y a un droit naturel : mais l’homme
est depuis la Chute si peu capable de le connaître que c’est comme s’il
n’existait pas.
Pour mener son attaque, Pascal suit de très près les passages que
Montaigne, dans l’Apologie de Raymond Sebond (Essais, II, 12, 1580),
consacre à la relativité des lois. C’est le moment sceptique des Pensées
: nos facultés ne nous donnent accès à rien de sûr, nous prenons
le relatif pour l’absolu, l’artifice pour la nature, l’apparence pour l’être,
le mot pour la chose – l’abominable pour le juste.
§1 : « Sur quoi fondera-t-il… »
Le fragment s’ouvre sur une série d’interrogations abruptes qui remettent
en cause les fondements mêmes de toute organisation (c’est le sens
du terme « économie ») sociale. Il s’agit pour Pascal de dramatiser le
discours : son expressivité garantit sa force persuasive. L’homme est
surpris en flagrant péché d’orgueil, désireux de « gouverner » le monde
alors que tout lui échappe. Deux principes se présentent et ils sont également
impossibles. Fonder la société sur « le caprice de chaque particulier »,
autrement dit sur des lois ponctuelles et précaires, produit de
la « confusion », soit le contraire de la société et du gouvernement. La
fonder sur la justice est une impossibilité radicale que Pascal formule
abruptement : l’homme « l’ignore ». La suite va non seulement étayer
cette affirmation, mais aussi en tirer les conséquences. Le fragment va
alors procéder en deux temps : puisque l’homme n’a pas accès à la
justice, c’est la « confusion » tant redoutée qui règne. Il faut donc
adopter le principe méthodologique du renversement et remplacer l’un
par l’autre les deux termes à la rime, « caprice » et « justice ».
Première conséquence de ce renversement, la plus universelle
des lois est celle d’un relativisme généralisé : « Que chacun suive les
moeurs de son pays. » Comme le note Michel Le Guern, c’est un principe
moral déjà affirmé par Descartes au début de la troisième partie
du Discours de la méthode (1637) : « Obéir aux lois et aux coutumes de
mon pays. »
Les moeurs, ce sont les manières de vivre dans leurs rapports
avec des règles collectives qui distinguent l’autorisé de l’interdit.
Ce ne sont pas seulement les habitudes qui varient, c’est donc aussi
le partage du juste et de l’injuste, du bien et du mal, du licite et de
l’illicite qui fluctue. « Véritable équité », « justice constante » ou « lois
fondamentales » sont des leurres qui demandent à être dégonflés, ce
sont des alliances contre-nature. Il faut les historiciser, c’est-à-dire les
situer dans le contexte spatio-temporel qui les détermine. Elles existent
dans un ici et maintenant qui n’est ni le hors-temps des abstractions,
ni le ciel des idées. Elles ne sont plus alors que « fantaisies » et
« caprices » : les pluriels des termes péjoratifs ont remplacé le singulier
des abstractions idéalisées. Le droit n’est que folklore insolite, un carnaval
selon la mode des peuples « Perses » ou « Allemands ». La présence
des conditionnels (« les législateurs n’auraient pas pris », « on la
verrait ») achève de dégrader la pseudo-justice. L’approche de Pascal
est résolument matérialiste.
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